C’est bien dommage qu’il n’ait fait qu’une aussi brève apparition. Son œuvre, finalement assez courte, le place pourtant parmi les auteurs français les plus intéressants, et le mot est faible.

On a déjà beaucoup écrit sur lui, mais il y a un point sur lequel je voudrais insister. C’est, en dépit de son goût visible pour la langue, la remarquable économie de moyens avec laquelle il est capable parfois de parvenir à ses fins (une économie qui va jusqu’à se priver si besoin de certaines lettres…). Perec est l’antithèse du graphomane qui sommeille souvent chez certains auteurs, même les plus reconnus. Je me souviens d’un spectacle du Bread & Puppet (c’était peut-être The Cry of People for Meat) où, pour représenter le monde, ils installaient, une par une, très lentement, des figurines d’arbres, de gens, de maisons, jusqu’à remplir tout le plateau. Puis, pour représenter la guerre ils renversaient, une par une, très lentement, chacune de ces figurines. Difficile de faire plus simple. Et pourtant, il fallait vraiment s’accrocher à son siège pour ne pas bondir sur scène en les suppliant d’arrêter. Eh bien, j’ai tenté plusieurs fois de lire à haute voix La rue Vilin ou le chapitre LIII de La vie mode d’emploi (la prose de Perec a un rythme interne qui fait qu’elle vient très bien en bouche). On jurerait pourtant qu’il ne s’agit pratiquement là que d’énumérations sans effets de style. Mais je ne suis jamais parvenu au bout : ma voix se brisait bien avant la fin. Les auteurs de cette trempe ne sont pas légion. Il faut à Irving près de 700 pages de préparation pour nous amener à un choc comparable à la fin d’Une prière pour Owen.

Au sein de cette œuvre, La vie mode d’emploi occupe naturellement une position centrale. Personnellement, c’est sans conteste LE livre que j’emporterais sur la fameuse île déserte. J’ai souvent rêvé d’une édition « définitive » où l’incroyable structure se révélerait, faisant apparaître ainsi cette fantastique arborescence (…), image étalée, visible, incommensurablement troublante de ce cheminement. Mais, outre que le projet est sans doute trop ambitieux, peut-être est-il bon que les chemins de la création ne soient accessibles qu’à ceux qui ont envie de les découvrir. Beaucoup de travail a déjà été fait pour rendre ces chemins plus praticables. Je me contenterai très modestement d’y déposer, au fil du blog, quelques petits cailloux supplémentaires dont j’espère qu’ils présenteront au moins un petit quelque chose qui leur permettra de mériter votre attention.

Au fur et à mesure de leurs mises en ligne, vous trouverez ci-dessous des liens qui vous permettront d’aller les ramasser sans avoir à fouiller partout…

La polygraphie du cavalier ?