DES MAMMOUTHS ?

J’avais prévu d’écrire quelque chose sur les aléas du génie et des errements. Ce sera pour une prochaine fois. J’ai entendu hier à la téloche un truc qui m’a tellement sidéré qu’il faut que j’en parle tout de suite. Il paraît que des chercheurs chinois seraient à deux doigts de refabriquer des mammouths, ou quelque chose d’approchant, à partir d’une éléphante et d’un petit bout d’ADN de mammouth congelé. Il semblerait même que certains envisageraient de recréer des dinosaures. Comme dans Jurassic Park, quoi.

Oui. Bon. Après tout, pourquoi pas ? Je ne suis pas persuadé qu’il n’y ait pas du pognon et de l’énergie à mettre ailleurs, surtout quand tant d’espèces toujours là sont déjà menacées. Mais bon. Là où je vois un gros hic, c’est que le même reportage faisait allusion à une équipe américaine qui travaillerait sur la réintroduction de l’homme de Neandertal, toujours à coup d’ADN congelé. Et là, ça me fait frémir (enfin, si on peut prendre l’info au sérieux, ce qui, vingt-quatre heures plus tard, me paraît déjà plus difficile). Passe encore pour les mammouths. Mais l’homme de Neandertal, on en fera quoi ? On le mettra dans une cage et on lui jettera des cacahuètes ? On ira le faire travailler dans les centrales nucléaires ? On se croirait en pleine science-fiction pas drôle.

Encore que. La vie imite l’art, comme disait l’autre. Vous avez lu le très recommandable Jasper Fforde ? (Oui, avec deux f sinon ça fait v. C’est du gallois.) Dans la série des Thursday Next, détective littéraire qui part en Opérations spéciales  dans les livres pour éviter que les méchants, s’en prenant aux manuscrits originaux, n’altèrent à jamais des chefs-d’œuvre de la culture mondiale, on maîtrise parfaitement, outre le voyage dans le temps (mais ça tout le monde n’y parvient pas) le clonage. Et on a recréé notamment des dodos, des mammouths et… des hommes de Neandertal. Dans Délivrez-moi ! il y en a un qui conduit un métro et commence à griller les stations, au grand dam d’une voyageuse qui lui enfonce son parapluie dans les côtes, provoquant la colère de Thursday.

– Touchez encore une fois au Neandertal, et je vous arrêterai pour agression, lui dis-je.

– Je sais, figurez-vous, annonça la femme d’un ton cassant, que les Neandertals sont légalement classés dans la catégorie « animaux ». On ne peut pas agresser un Neandertal, pas plus qu’on ne peut agresser une souris.

En l’occurrence, les Tals veulent protester contre leur statut.

– Nous ne sommes pas des animaux, affirma le cousin jadis disparu de l’humanité. Nous voulons être une espèce protégée – comme les dodos, les mammouths – et vous.

Seulement, quanf Fforde a écrit ça (en 2002), il pensait faire œuvre de fiction. Curieux monde, décidément…