DES CAPITALES ACCENTUÉES (ET DU CRÉNAGE)

Il y a comme ça des légendes qui traînent, et Internet y a sans doute sa part. Il est ainsi très facile d’y trouver l’information selon laquelle c’est la faute aux machines à écrire si les capitales ne sont plus accentuées en français, au grand dam de l’Académie et des divers traités de typographie. Les plus savants, ou les plus sournois, iront même jusqu’à évoquer Linotypes et Monotypes, privées d’accents comme on est privé de dessert, pour cause de nationalité américaine.

Encore faudrait-il savoir que, à part le E et sauf à l’Imprimerie nationale, aucune capitale ne recevait d’accent du temps du plomb. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il n’y avait pas la place de le mettre, sauf à le faire dépasser de la tige, ce qui le rendait particulièrement fragile. On disait alors que la lettre était crénée, et on  aurait fouillé en vain toute la casse à la recherche de A, de I, de O ou de U accentués.

Ce crénage était également nécessaire pour des lettres comme le f ital, qui dépassait, lui, sur le côté au lieu de dépasser par le haut. Il empiétait ainsi sur la tige de la lettre suivante, ce qui améliorait son approche qui, sans cela eût été trop large. Toujours est-il qu’on en est venu ainsi, sans doute très récemment, à parler à tort de crénage pour désigner ce que les Anglo-Saxons appellent kerning.

Quant à savoir s’il faut accentuer les caps en français, la seule réponse qui vaille c’est que puisque, grâce à l’informatique, c’est possible aujourd’hui, ce serait vraiment dommage de s’en priver.