HOW DID YOU SAY?

 

breaking bad

Faut d’abord que je vous dise que j’aime énormément l’anglais : c’est une langue riche, terriblement expressive et qui se prête à toutes sortes de traitements. Vous n’avez qu’à passer, comme je l’ai fait récemment, d’Irving (A Son of the Circus) à Bradbury (Fahrenheit 451) pour constater qu’elle ne se ressemble pas vraiment d’un auteur à un autre.

Mais même si je ne ferai jamais partie des râleurs qui craignent que notre belle langue française ne soit menacée par celle de Shakespeare, je suis quand même bien agacé par cette nouvelle manie qui consiste à ne plus traduire les titres de films ou de séries. A fortiori quand il s’agit de titres comme Inception, dont probablement il n’y a pas plus d’un anglophone sur dix pour comprendre le sens sans regarder dans un dico. Ou alors quand, comme pour Persons of Interest, il s’agit de concepts purement anglo-saxons qui n’ont pas d’équivalent en français. (Sauf erreur de ma part, une person of interest est quelqu’un qui, dans une enquête policière, n’est pas à proprement parler suspect mais à qui il convient quand même de s’intéresser). Sans parler du fait que comme il n’y a pas plus d’un Français sur cent (et je suis généreux) pour prononcer correctement les titres en question, on arrive à ce paradoxe de créer une langue totalement artificielle, qui ne signifie plus rien pour qui que ce soit, qu’il soit anglophone ou francophone. Et peut-être bien que c’est ça qui me gêne le plus. Comme si nous vivions dans un monde où il importe peu que l’apparence des choses recouvre une quelconque réalité, sauf bien sûr à moins que la réalité ne se rappelle à nous de manière bien sanglante. Encore que j’en vienne à me demander si, à moins de connaître personnellement les victimes, même cette réalité-là ne reste pas plus ou moins désincarnée à force de passage en boucle sur des écrans et de gloses infinies sur le fait qu’à l’heure actuelle on n’en sait toujours pas plus.

Mais il n’y a pas que dans les titres que se répand cette mode du Let’s say it (plus ou moins) in English. Elle sévit aussi plutôt bien dans la pub. J’avais déjà évoqué les créative technologie de Citroën ou motion & emotion de Peugeot. J’ai aperçu hier une pub pour Air France (mais sans le son, hein; je coupe toujours le son pendant les pubs, je ne peux donc pas vous dire ce que ça donne à l’audio) et il me semble bien que la signature était : France is in the air. France izinne zi air. Grands dieux ! Qui gagne quoi à ce genre de snobisme à la noix ?

 

P. S. En ce qui concerne l’excellentissime Breaking Bad, je veux bien admettre qu’on ait gardé le titre anglais. J’ignore si la table des éléments du générique aurait fonctionné aussi bien avec un titre en français.