PERRAULT : POURQUOI DES CUIVRES ?

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Voilà, je viens de venir à bout du frontispice. Tant bien que mal, hein, j’ai pas une formation de graveur. Mais comme on peut se demander si le malheureux Clouzier, qui a illustré l’ÉO des Contes, en avoit vraiment une, ça valait la peine de prendre le risque. D’une part parce que je tiens à ce que tout ce qu’il y a dans les bouquins du Visorion sorte vraiment de ma main. D’autre part parce que même si j’avais voulu me la jouer paresseux et me contenter de récupérer les excellents scans de la BN, leur exemplaire est de toutes façons manquant de la page de titre (et donc de l’illustration) des Fées, et que le fameux frontispice y a été colorié par dieu sait qui à une époque indéterminée. La seule solution pour garder une unité était donc de tout refaire. Au reste, recopier une gravure qu’on n’avait pas pour ressortir une édition plus ou moins pirate était tout à fait dans les habitudes de l’époque.

Pour ce qui est du frontispice, Antoine (c’est le prénom de notre Clouzier…) l’avait lui-même pompé sur une gouache du manuscrit de 1695, antérieur donc de deux ans à l’édition originale de Barbin.

Ms 1695 et Clouzier

Quand on regarde la grille pare-feu de la cheminée, on se dit que l’auteur de la gouache était un peu brouillé avec la pers. Il n’empêche qu’il paraît avoir eu plus de facilité que le Toine pour dessiner les gamins, et surtout les chats… Je me suis donc permis de lui piquer son chat pour mon frontispice à moi. Mais c’est bien la seule liberté que je me serai permise par rapport à l’ÉO.

Pour autant, je n’en finis pas de me demander quelle idée a bien pu pousser Barbin (ou son imprimeur, ou Perrault…) à aller s’enquiquiner à insérer des cuivres dans le texte (c’est bien des cuivres, la cuvette est bien visible sur les scans). Ça complique terriblement l’impression puisqu’il faut repasser sur la presse à taille douce les pages déjà imprimées, avec tous les risques de mauvais repérage que ça implique (risques qui n’ont d’ailleurs pas du tout été évités) et le surcoût que ça représente. Et puis, sans vouloir être mauvaise langue, c’est d’autant plus surprenant s’il s’agit de confier la réalisation des plaques à un graveur disons, aussi modeste, qu’Antoine Clouzier. On a un peu le sentiment que c’est peut-être l’imprimeur qui a insisté, avec un discours du style « Si, si, des cuivres, ça va avoir une gueule terrible, et puis ça coûtera pas plus cher, j’ai mon neveu qui sait bien dessiner, i va nous faire ça aux petits oignons, et puis pendant ce temps-là i sera pas au bistrot. » Le hic étant quand même que si pour les premières illustres le Toine a bien tiré la langue pour faire ses petits croisillons, plus on approche de la fin et moins il a pris de temps. À croire que le tonton (enfin, si c’était bien le tonton) était derrière son dos pour qu’il se magne un peu parce que le client couinait pour voir son foutu bouquin enfin imprimé.

Riquet site

Et ça nous donne notamment un Riquet à la houppe dont le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’a pas dû demander beaucoup d’heures de travail, et dont le traitement n’a plus grand chose à voir avec la gravure sur cuivre (ce qui, entre parenthèses, n’aide pas trop à faire oublier les limites du Toine en tant que dessinateur…). En somme, mais peut-être en faisant appel à un autre graveur, il aurait sans doute été plus simple et plus efficace (et plus jouli) de se contenter de gravures sur bois…

Enfin bref, il me reste encore quelques lettres à fabriquer (dont deux esperluettes peu courantes) pour finaliser le texte et je pourrai lancer l’impression d’un premier exemplaire. Après quoi il ne me restera plus qu’à passer à la presse à épreuve les pages comportant des illustrations, histoire d’y enfoncer les fameuses cuvettes… Grands dieux ! Mais pourquoi des cuivres ???